Le droit à la rêverie

28 août 2019 § Poster un commentaire

poésie

Je serai toujours entre deux, entre deux projets, entre deux états, entre deux envies. Je me suis toujours considérée comme ni-ni, jamais à ma place, en oscillation permanente. Salariée avec une activité artistique secondaire, légitime nulle part, sur le fil du rasoir.

J’ai alors quitté cette activité salariée pour me consacrer à mon activité artistique, follement, éperdument, goulûment, frénétiquement. J’ai l’impression que j’avais tellement de choses à exprimer, qu’elles devaient sortir, vite, vite, narration de mes états entre allégresse et liberté, une question de survie, presque.

Cette production intense, stakhanoviste, a progressivement pris un côté aliénant, obligatoire, avec son pendant culpabilisateur ; c’est mon métier, je dois travailler tous les jours, créer, il faut créer !

Alors parfois je biaise, j’apprends de nouvelles techniques et je me rends compte que c’est là ma grande passion, apprendre. Ce n’est pas tant engranger des sommes de connaissances, c’est l’apprentissage en lui-même, les gestes, avec cette mémoire corporelle, mais aussi le vocabulaire, des nouveaux mots, comme des bonbons, qui viennent rouler dans mes pensées comme des galets de rivières.

Après des années d’enfouissement, et sans fouille archéologique, seulement en renouant avec la petite voix qui me visite parfois, je me souviens que les mots sont ce que j’aime le plus, que mes créations sont en fait des habillages de mots, chacune correspond à un mot. Mais les mots peuvent se suffire à eux-mêmes, ils n’ont pas besoin d’artifices, de se parer de dentelles pour briller. Je me rappelle cette espèce de joie primitive que j’ai ressentie le jour où j’ai découvert l’existence du mot « petrichor » pour désigner cette merveilleuse odeur de terre mouillée avant la pluie, cette promesse des jours trop chauds. Je me réjouissait de savoir qu’un mot existait pour ce phénomène, et d’entendre sa sonorité, cette fin en -chor qui laisse la bouche ouverte, comme un souffle légèrement flottant … encore … C’est aussi, et surtout,  les mots des autres, les kilomètres que je peux parcourir pour rencontrer un auteur qui m’aura fait rêver, rire, pleurer, fermer les yeux pour savourer les dernières phrases lues, les faire tourner dans ma tête.

J’ai donc décidé que ma place sera cette absence de place, pas un ni-ni mais un et-et, que je laisserai mon esprit vagabonder et explorer, que créer c’est aussi tapisser son cerveau de rêves qui ne se matérialiseront jamais, que je ne suis pas obligée d’exposer systématiquement le fruit de mes pensées.

 

 

 

 

Le fil des pensées

24 août 2019 § Poster un commentaire

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Mise au point

22 juillet 2019 § Poster un commentaire

J’ai longtemps hésité à écrire ce message, mais j’en ai besoin, et il explique pourquoi je serai moins productive dans les semaines à venir.

J’ai partagé ici il y a peu ma joie d’aller déposer (tous) mes travaux dans un « centre d’art contemporain », et n’en ai jamais fait le retour ou la promotion. La raison est simple tout autant que désastreuse.

J’ai été bernée, tout simplement, enjôlée par un discours bien ficelé qui a su me prendre par mon besoin de légitimité artistique, qui a su me faire croire à l’intérêt de mon travail.

Il ne s’agit pas d’escroquerie véritablement, puisque j’ai pu récupérer intacts tous les travaux que j’avais confiés, mais plus d’un abus de confiance. Je n’intenterai rien contre la personne; d’une part, elle m’a ruinée et les procédures sont coûteuses, d’autre part, je ressors traumatisée de cette expérience et souhaite la laisser derrière moi.

Quels sont les mobiles de cette mascarade, puisqu’il ne s’agit pas d’escroquerie? J’avoue être perplexe mais avoir compris (dès le dépôt des travaux, d’ailleurs, sans vouloir écouter cette petite voix intérieure) que la personne n’est pas véritablement ancrée dans la réalité, en quelque sorte, elle joue à la marchande. Ce qui est si mignon à 6 ans devient pathétique à 40, mais, surtout, les conséquences sont dramatiques pour moi et il semble que cette personne agit sans se soucier jamais des conséquences de ses actes sur les autres. Son « centre d’art » n’a même pas d’existence légale, aucun enregistrement nulle part (je frémis a posteriori à l’idée d’un incident le temps qu’elle avait mes travaux, forcément non assurés, les assureurs n’assurent pas ce qui n’existe pas). Elle se décrétait « médiatrice en art » mais ignorait jusqu’aux plus élémentaires droits d’auteur …

J’ai donc dépensé tous mes faibles revenus (et une bonne dose d’énergie) dans ce rien, 3000 km de trajet (autoroutes, péages …), 3 nuits d’hébergement, autant de repas pris à l’extérieur … Si l’énergie revient, mon argent reste envolé, et, sans lui, je ne peux plus créer, je n’ai plus les moyens d’encadrer mes travaux, je n’ai plus les moyens de renouveler mes matières, je n’ai plus les moyens de payer des abonnements sur des sites de promotion ou de participer à des salons ou expos …

Les conséquences sont réellement difficiles pour moi, mais j’ai appris beaucoup de cette catastrophe, notamment que les licornes n’existent pas (ni les sirènes, d’ailleurs).

Bientôt …

25 novembre 2018 § Poster un commentaire

Venez !

expo lannion

Disparition provisoire des écrans

10 octobre 2018 § 4 Commentaires

Un projet long mais très motivant en cours, avec beaucoup de travail en amont, peut-être en verrez-vous des bouts ponctuellement … ariane-470x400

Rêveries …

14 août 2018 § 1 commentaire

Article bavard, une fois n’est pas coutume …

Je ne peux malheureusement pas exposer mon travail dans plusieurs endroits cet été, mon stock ne le permet pas ; ce que je réalise demande beaucoup de temps, et je n’en ai pas tant que ça malgré le nombre d’heures que j’essaie d’y consacrer.

Et je m’interroge aussi sur de nombreux points : le temps passé à rédiger ces articles (charger les photos, décrire très brièvement …) pour une audience réellement basse, que ce soit ici, sur ma page Facebook, La clé à laine ou les deux plateformes sur lesquelles je suis présente.

Ca semble assez vain, finalement, en plus de croquer plein de temps. Il se dit que ces outils sont indispensables, mais, soit je ne sais pas les utiliser, soit ce que je fais est plus que confidentiel. Quand je suis de permanence à la galerie, les retours sont réellement positifs mais évoquent tous la surprise de découvrir ce genre de travaux, personne, en dehors de ceux qui sont dans cette sphère, ne cherche des travaux d’art textile, encore associés à des « travaux de bonne femme », napperons et petits chats.

Ensuite, je me pose aussi des questions sur la nature même de mes travaux ; je suis attirée par le minimalisme, le léger, fin, doux, c’est ce que j’essaie de réaliser. Or, je constate que dans la sphère « art textile », ce qui est exposé est chargé, lourd : sexes féminins sur-représentés, sang, organes … j’associe ces oeuvres à beaucoup de souffrance, elles ne me choquent en rien, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de partager. Ou alors, c’est du monumental, le genre qui ne pourra être exposé que dans des institutions, les seules proposant la surface et la hauteur de plafond nécessaires.

Je n’ai pas les codes pour ça, ni le discours, je ne travaille pas pour des subventions, séduire des institutions … je pourrais, aussi, photographier un bout de fil noir coupé derrière une feuille de calque et en écrire une légende longue comme un jour sans pain expliquant le processus créatif derrière : ceci est une allégorie de la condition humaine; le bout coupé franc évoque la finitude de l’homme, la couleur sombre évoque la profondeur, le mélange de légèreté de la matière, nous finirons poussière, avec la profondeur de l’homme, qui a science et conscience, homo sapiens. Le calque ajoute une touche de féminité, femme qui se voile, voile pudique jeté sur sa chair … on pourrait en ajouter des tonnes, de même avec un mouchoir déchiré et froissé …

Mais je n’en ai pas envie. Je préfère au contraire ne rien dire, je préfère que celui qui regarde mes travaux invente son histoire et ne soit pas prisonnier de la mienne, je ne veux pas lui imposer mes souffrances, je veux qu’il raconte sa propre histoire, qu’il s’approprie ces travaux et qu’ils ne soient donc que pour lui. Je veux qu’il puisse l’accrocher chez lui, dans sa maison, dans son appartement.

Du coup, je me dis parfois que je fais de la déco, ce qui est assez méprisé, je n’en sais rien, encore une fois, je n’ai pas les codes.

Je vais donc continuer à faire ce que je veux, sincèrement, en sachant que, malheureusement, beaucoup de portes me resteront fermées, en sachant que mes rencontres avec le public continueront de relever du hasard et que ce n’est déjà pas si mal.

Dis, Caen reviendras-tu?

13 mai 2018 § Poster un commentaire

Un petit mot pour remercier tous les visiteurs chaleureux et encourageants qui ont visité mon espace sur le salon de Caen, je reviens remplie de vos gentils mots et joyeuse de nos échanges.

Merci (également de la part de mon café de ce matin)

merci

Où suis-je ?

Catégorie En passant sur Infinitudes. Stéphanie Salinères.